PEDAGOGIE. Sur aire fermée à la circulation. La trame et la démarche pédagogique

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La leçon de conduite sur aire fermée à la circulation est une des épreuves de l’examen mention « 2 roues » de la profession de l’enseignant de la conduite.
Vous allez dispenser un cours de 55 mn à un élève test que vous ne connaissez pas; il va donc falloir prendre les précautions nécessaires.

Vous êtes déjà enseignant de la conduite automobile; vous avez l’habitude d’intervenir avec vos double-commandes… Là, il n’y en a pas!
Chaque fois que vous laissez partir l’élève, vous devez être certain qu’il vous revienne!
Il faut donc vous poser la 1ère question: sait-il faire un demi-tour ?
Notez qu’il est plus facile d’aller vite que lentement en moto; grâce à l’effet gyroscopique, dès qu’on accélère on s’équilibre; les problème commence dès qu’on veut tourner, ou s’arrêter ! Conclusion, dans votre liste de progression d’un élève débutant, juste après avoir enseigné le démarrage et l’arrêt, il faudra passer au demi-tour (savoir faire un « 8 »); et seulement après l’acquisition de cette compétence, vous pourrez lui apprendre à monter les vitesses et rétrograder.

Un élève ne doit jamais chuter… ou presque*!      Ceci pour plusieurs raisons :

  1. Parce qu’il peut se blesser physiquement et moralement. Dans les années 80, on entendait « tu comprendra à force de tomber! »: c’est du passé!
  2. Parce que vous allez perdre ou endommager votre matériel
  3. Parce que ce sera signe d’une mauvaise pédagogie; celle de l’abandon!  Si l’élève tombe (même à l’arrêt), considérez que c’est de votre faute! Et oui, si vous restez proche de lui et que vous surveillez tous ses gestes, vous sentirez qu’il ne va pas tarder à faire une faute.
    * le « ou presque », parce qu’il arrive qu’un élève soit surprenant, et que malgré toutes les précautions prises de votre part, il vous échappe et tombe; demandez-vous toutefois si il n’était pas tout simplement fatigué; en effet, surveillez toujours son état physique lorsqu’il arrive et veillez à ne pas faire trop durer le même exercice (= lassitude).

 

RAPPEL DE LA LISTE DE PROGRESSION LOGIQUE D’UN APPRENANT

Souvenez-vous que le livret d’apprentissage (et la fiche de suivie) propose une liste de sous compétence à travailler… dans l’ordre que vous voulez (ou pouvez); cependant, le caractère de dangerosité du « 2 roues » implique la progression suivante:

  • 1. Avoir une bonne position de conduite et Connaître le centre gravité de la machine
  • 2. Savoir démarrer et s’arrêter
  • 3. Savoir faire un demi-tour (sans incliner)
  • 4. Savoir monter les vitesses (jusqu’à la 3ème) et rétrograder (jusqu’à la 1ère)

    Voici donc la base ! Tant que l’élève n’a pas acquis ses 4 sous-compétences, n’allez pas plus loin (risque de chute et/ou de démotivation)
    Ensuite, vous pourrez choisir parmi les sous-compétence suivantes, proposées là dans un ordre logique de progression :
  • Savoir freiner (répartition des freins)
  • Savoir incliner pour virer
  • Savoir faire un évitement
  • Savoir s’arrêter de biais (à allure lente et allure normale)
  • Savoir faire un freinage d’urgence
  • Savoir incliner pour tourner (certainement la sous-compétence la plus technique!)

 

Pour savoir quelle sous-compétence vous allez travailler pour cette leçon, il va falloir tout d’abord connaître et évaluer les acquis de votre élève.

Voici donc un rappel de trame d’une leçon type, avec un élève que l’on ne connaît pas:

  1. Accueil et présentation (Exemple: « Bonjour… Je m’appelle … et vous ?…… On peut peut-être se tutoyer ?…… Nous allons passer près d’une heure ensemble dans le but de te faire progresser… Pour ce faire nous allons faire un peu plus connaissance, puis, voir où tu en es dans ta progression afin de choisir ensemble le point de travail de cette leçon…)… Précisez aussi dans le cas de votre examen, que c’est vous et pas lui qui êtes examiné! …… Bien sur, à vous de personnaliser cette phase à votre guise…
  2. Évaluation générale : Qui est-il ? Pour lancer la conversation et détendre la relation, commencer par vous présenter (vous et vos motivations… avec le sourire), puis donner lui la parole en l’aidant de quelques questions (pas un interrogatoire!); le but de cette phase étant de répondre à : Qui est-il (motivations; caractère;…) ?
  3. Évaluation spécifique : Que sait-il ? Il est temps de consulter les ouvrages : pour lui , le livret et vous, la fiche de suivi…… Et on discute ensemble :
    Questionnez sur la planification (Depuis quand a-t-il commencé; a-t-il passé ou repasser son ETG (code); quel est le rythme de ses leçons;
    puis sur l’organisation: est-il seul sur la moto ? ou partage-t-il avec un ou deux autre élèves? Conduit-il la moto pour rejoindre l’aire fermée (la piste)?
  4. Évaluation dynamique :  Que sait-il faire ?
    Mais avant tout, approchez-vous de la moto, et demandez-lui si il la connaît ?
    Dans l’affirmative, posez-lui quand même quelques questions, et précisez-lui que pour la même moto de même modèle, on a jamais la même sensibilité: des freins, de l’accélération et surtout de l’embrayage… A tester donc !.. Et profitez pour lui demander de vous montrer la bonne position de conduite (rectifiez si besoin, car danger!)
    Puis après un bref récapitulatif de tout ce qui s’est dit, proposez-lui un ou 2 exercices de votre choix (issu des évaluations).
    Attention à la progressivité des exercices (sans tombé dans le trop facile!). Vous devez là démontrer que vous avez bien évalué!
    Montez votre 1er parcours (qui peut-être se suffit de 2 cônes; exemple du « 8 »;
    – Balisez l’espace (l’élève doit connaître les limites du terrain)
    – Testez vous-même le parcours, afin de vérifier qu’il est bien réalisable par l’élève
    – Donnez lui les consignes : 1. Le trajet : avec un schéma ou en le faisant à pied ;  2. Les conditions de réalisation (quelles vitesse; quelles commandes; etc.)
    et surtout pas de conseils pédagogique: vous êtes en évaluation!
    – Action! C’est à lui de jouer, … et à vous d’observer! (Ne vous suffisez pas d’un seul essai; ce peut-être le « hasard »; toujours faire 2 à 3 fois le même)
    Que’est-ce qu’on observe ?     Dans l’ordre :

    • La position de conduite (le bas du corps verrouillé; le haut souple; les mains bien placées;…
    • Le regard (au bon endroit au bon moment (rien qu’à la position du casque, vous l’évaluerez)
    • L’allure (et l’utilisation des commandes)
    • La trajectoire

    Et c’est grâce à cette organisation d’observation que vous pourrez après les exercices, procéder au BILAN DE L’ÉVALUATION.

  5. Bilan de l’évaluation :  Où pense-t-il en être dans sa progression ? et, Qu’allons nous choisir comme POINT DE TRAVAIL ?
    Commencez toujours par « alors ?… » , c’est-à-dire par l’AUTO-ÉVALUATION, car c’est très important de savoir ce qu’il pense de son niveau!
    puis, reprenez la conversation en passant par les 4 points vu ci-dessus: la positions, etc… Et de là découle logiquement le choix du point de travail du jour.
  6. Énoncé de l’objectif de la séance (appelé aussi : Point de travail)
    Objectif ou point de travail ? Tout dépend du volume à enseigner; un objectif a la prétention d’être atteint à la fin de la leçon; un point de travail est un élément d’une compétence (qui, elle contrairement à l’objectif, n’est jamais vraiment acquise car en perpétuelle évolution).
    Exemple: « nous allons faire des exercices pour qu’à la fin de cette leçon tu sois capable de …… »
    C’est en fait un « mini contrat » que l’on fait, c’est le résultat de tout ce que vous avez entendu et vu pendant les évaluations; C’est tout l’art du bien savoir évaluer!Regardez votre montre, … lorsque vous énoncez l’objectif, cela fait au maximum 20 mn que vous avez commencé, car sur les 55 mn, il faut garder la plus grande part pour la phase du développement qui doit durer minimum 30 mn!  … et 5 mn pour le bilan final.
    Et oui ! le but étant de faire progresser l’élève, un développement de 15 mn pour 55 mn de cours, manquerait fortement d’efficacité!
    Bien sûr, on est pas non plus à 5 mn près!  Savoir gérer son temps, est une des compétences primordiale de l’enseignant! A vous de jouer 🙂
  7. Développement du cours
    En fonction du point de travail choisi. Consultez les fiches pédagogiques et vidéos correspondantes.Rappel de la trame de développement: – J’explique le « pourquoi » de manière interactive – Le comment (Procédure; schéma et questions) – Je montre et l’élève fait.
  8. Bilan : l’élève a-t-il progressé ? et, s’en rend-il compte ?
    Selon le point de travail choisi, vous procéderez à une évaluation (petit exercice réalisé 2 à 3 fois de manière autonome, qui en cas de réussite, couronnera le progrès visiblement acquis);
    Et si vous constatez qu’il reste du travail, arrêtez-vous sans évaluation dynamique (devenu inutile si échec évident), et faîtes simplement une évaluation statique, avec quelques questions qui prouverons que l’élève SAIT ce qu’il faut faire; vous pourrez alors lui confirmer qu’avant de SAVOIR FAIRE il faut d’abord SAVOIR ! …
    Et qu’il faut ensuite pratiquer, car conduire une moto n’a rien de naturel.
    Terminez par une projection sur la prochaine leçon et renseignez les 2 documents (livret et fiche)
    Et remerciements!

LA DÉMARCHE PÉDAGOGIQUE

Le cours est terminé !  …. Etes-vous satisfait de votre prestation ? Oui ? Non ? …. Pourquoi ?    C’est tout l’art de l’auto-évaluation!

A chaque fin de leçon on doit se questionner sur son efficacité. Pour évoluer et progresser soi-même; et comme on le fait avec les élèves, on organise sa propre critique (positive et/ou négative (Oups! pas « négative » mais plutôt les « points sur lesquels on doit progresser »… c’est plus pédagogiquement correcte 🙂

Voici une proposition de liste pour votre organisation:
N’oubliez pas que la formation est centrée sur l’apprenant, tout tourne autour de lui; il n’y pas de bons ou mauvais élèves, il y en a de plus ou moins difficiles, et je n’ai pas besoin d’en parler car mon travail de pédagogue consiste à adapter mes méthodes, mes techniques, etc. Alors je peux toujours dire quand même que cet élève était difficile car peu motivé,  par exemple, mais je ne dois pas m’en suffire et m’en servir d’excuses.. Ne faites pas l’effet miroir: les élèves vous le feront aussi plus tard: « j’aime pas cette moto… elle freine mal…. l’embrayage est dur .. le sol est glissant…. etc.
N’hésitez donc pas à « avouer » que vous n’avez pas su faire çi ou ça … A partir du moment où vous vous en rendez compte, c’est que vous progressez ! Bon maintenant, n’allez pas non plus vous « massacrer »!
Commencez donc toujours par parler de l’élève et après de vous :

  1. L’élève : Son profil;   ses progrès ? Pourquoi  ….?
  2. L’élève : ses motivations.. Les ais-je suscitées ou maintenues ? Pourquoi ?
  3. Le choix de l’objectif
  4. Les exercices : Les méthodes, les moyens
  5. La sécurité
  6. Si c’était à refaire, qu’est-ce que je modifierai ? Pourquoi ?
  7. Quel enseignement personnel je tire de cette prestation  ?

Nous vous souhaitons un bon entraînement, et nous sommes à votre disposition en visioconférence pour plus d’explications!